En 2008, j’avais accueilli la flamme ainsi. Je me permet d’antidater l’article pour resituer à leur juste date ces paroles.
Bonjour aux bateliers de Conflans, de la Seine et de l’Oise, aux hommes et aux femmes qui habitent sur les fleuves et à vous tous qui, sans être bateliers, regardez ces fleuves depuis les rives.
Regard sur le fleuve et perspective depuis le fleuve
Hier, c’était une fête pour les enfants de la batellerie, puisqu’on a posé la première pierre du projet qui va transformer l’internat. Cet internat, disait Mme Bégou la directrice, où les enfants pouvaient saluer les parents depuis le couloir, lorsqu’ils passaient en bas sur la Seine. Depuis la rive, ils regardaient le fleuve, comme nous maintenant.
Mais la chance de ces enfants, l’expérience toute particulière qu’ils ont et que nous n’avons pas, pour la plupart, c’est de connaître l’autre perspective : regarder la rive depuis le fleuve. Il est temps pour nous aussi de nous mettre à l’école de cet autre regard, depuis le cœur de la voie d’eau. Ce n’est pas un regard qui englobe, mais c’est un regard qui comprend la réalité de l’intérieur. Pour comprendre la voie d’eau, nous devons passer par l’apprentissage d’une perspective à partir du fleuve. Apprendre à regarder les rives avec un regard de batelier.
Une préoccupation vue du fleuve
Alors, je vous partage une inquiétude du fleuve : la cohérence publique du domaine fluvial. Hier, autour du président de région M Jean-Paul Huchon et vous-même M. le Maire, les lignes du budget pour le canal Seine-Nord ont été évoquées. C’est réconfortant d’entendre parler d’un budget bouclé pour ce projet qui mobilise des efforts européens, nationaux, régionaux importants.
Mais je vous partage aussi des inquiétudes concrètes que j’entends depuis le fleuve. Seine-Nord, dans la perspective de la batellerie, c’est beaucoup d’interrogations, dont celle du budget. Plus largement, vu du fleuve, les incertitudes ressenties concernent la cohérence des choix politiques en faveur du fluvial. Vous avez évoqué hier M le Maire, le grenelle de l’environnement qui confirme la voie d’eau dans sa vocation de développement durable. Puisse le Grenelle de l’environnement amener les décisions politiques à la hauteur du potentiel de la voie d’eau ! Vu du fleuve, ce serait une incohérence coupable de ne pas en prendre acte.
Cette perspective n’oppose pas ceux du fleuve et ceux d’à terre, car elle est partagée par d’autres, notamment les franciliens. Elle a pourtant besoin tout particulièrement d’écouter les points attentions soulevés par les professionnels du fleuve. C’est la chance d’une ville comme Conflans de pouvoir faire se rencontrer des bateliers et des gens d’à-terre pour une meilleure connaissance des enjeux de la voie d’eau. Nous avons des projets communs à construire.
Un projet commun
J’évoquais l’an dernier que le pardon était un « bien commun » qui nous partagions : de toutes les générations, et de tous les horizons : la diversité des personnes présentes aujourd’hui l’atteste. Un « bien commun » non seulement qui nous tourne vers la batellerie, mais qui nous invite à découvrir la perspective de la batellerie, à adopter la perspective du fleuve. Cultiver ce bien commun, c’est faire des projets communs permettent aux différentes perspectives de se rassembler. Le 50ème pardon national de la batellerie qui a lieu l’an prochain nous en donne une occasion unique.
Pour ce 50ème pardon, je rêve que tous les jeunes qui ont été formés aux métiers de la batellerie puissent se retrouver ici à Conflans pour partager leurs expériences entre eux et montrer au grand public le visage de la « génération batellerie » d’aujourd’hui. Je rêve qu’autour de cette rencontre ponctuelle des bateliers et des gens d’a-terre puissent partager le plus largement possible leurs préoccupations et leurs désirs, partager leurs passions pour un métier qui a une âme et s’activer pour une fête comme le pardon vit de cette âme. Le Je Sers est ouvert à ce rêve : en regardant la rive, en regardant le fleuve. Il accueille tous ceux qui croient en l’âme de la batellerie.