Les photos du Pardon 2009 sont arrivées : on peut les consulter à partir du site du Je Sers : www.bateaujesers.org (ou directement sur pardonnational.weebly.com/).
Pour l’arrivée de la flamme, j’ai commis un discours… j’en laisse ici l’essentiel, qui voudrait simplement témoigner du sens que je découvre auprès des familiers de la voie d’eau.

Je Sers – Samedi 13 juin 2009 – 16h30… 50ème Pardon de la batellerie !
A chacune et à chacun d’entre vous, du plus petit au plus grand, bienvenue et merci !
Avec un merci général à tous les bateliers, tous les conflanais, et tous les amis des bateliers-conflanais qui s’adresse en particulier à un batelier du confluent : M Malbrunot. Merci Jean-Claude pour l’énergie que tu as déployé non seulement pour préparer la fête d’aujourd’hui, mais surtout pour stimuler l’avenir du pardon et l’avenir de la batellerie en France. Les stands des acteurs du fleuve, c’est toi, avec d’autres, le numéro spécial de La Vie Batelière aussi. A travers toi, c’est tous ceux qui se mettent au service de la fête et de la voie d’eau, au bord des quais, que je remercie : parce que la fête partagée et le pardon, comme le suggère Jean Vannier, c’est l’avenir du vivre-ensemble.

Dimanche dernier, dans la discrétion, nous avons fêté les 90 ans du bateau Je Sers : il a été construit en 1919, juste après la guerre, en béton, dans une période de reconstruction où l’acier était rare. Il est prêt à faire à nouveau 90 ans : mais quel avenir préparons-nous à ceux qui viendront le visiter en 2099 ?
Le premier nom du Je Sers a été le Langemark. Pour l’immense majorité d’entre nous cela n’évoque rien d’autre qu’une sonorité germanique. Pourtant c’est un lieu symboliquement très chargé : à l’image d’Hiroshima ou de Nagasaki. Langemark est le lieu où, pour la première fois dans l’histoire, des armes chimiques ont été massivement utilisées. Puisse ce nom résonner aujourd’hui comme un appel, pour le siècle à venir, à ne pas méconnaître le terrible potentiel de destruction dont nous sommes capables.
Il y a 3 ans nous fêtions les 70 ans de l’Entraide Sociale Batelière, et de la transformation du Langemark en Je Sers : c’est peut-être là un signe de l’antidote. Ne pas méconnaître non plus l’incroyable puissance créatrice du service et de l’entraide dont nous sommes aussi capables. Arriver en 2099, c’est donc passer par 2079, et activer 70 nouvelles années d’entraide et de service du bien commun.
C’est alors aussi passer par 2059 où nous nous retrouverons pour fêter 100 années de pardon de la batellerie. Aujourd’hui nous fêtons le moyen-terme de cette échéance : un 50ème pardon qui nous tourne vers l’avenir.
J’évoquais il y a deux ans que la fête du pardon était un « bien commun » qui nous partagions ici à Conflans. Je précisais l’an dernier que ce « bien commun » nous invite à découvrir la « perspective du fleuve ». J’aimerais dire aujourd’hui que cette « perspective du fleuve » est promesse d’un « avenir durable » en temps de crise. La crise qui nous frappe peut s’ouvrir, avec la voie d’eau, vers une autre logique économique.

Le mois dernier, j’ai eu la chance de faire le trajet Conflans-Melun à bord du BARAKA, en remontant la Seine avec des bateliers. Découverte passionnante. C’est comme si une musique différente qui se faisait entendre. Quand on navigue, il n’est pas possible d’oublier que ce sont les éléments, l’eau et le vent notamment, qui sont nos maîtres. Habiter la voie d’eau, c’est apprendre la prudence et l’audace, reste humble sans renoncer à tenir la barre. Cet équilibre est précieux pour lutter contre la prédation des ressources naturelles, contre la déconnection de la sphère financière avec l’économie réelle. Face à des stratégies complexes mais mortifères, il nous rappelle tout simplement au bon sens…
Revenons donc au bon sens batelier. L’autre jour justement, sur ce trajet Conflans-Melun, en traversant Paris, nous discutions du contexte économique difficile. Et Michel est venu me montrer un livre, clairement illustré, qui présentait les dérives du système financier actuel : regarder le monde depuis un bateau, cela donne de la perspective… Il est temps d’œuvrer à une gouvernance mondiale concluaient les auteurs : et je me suis dit qu’à notre mesure, il était urgent de réveiller le « bon sens » du bien commun. C’est à cela que la perspective du fleuve nous éveille…
Quand on transporte des patates depuis le Nord de la France pour qu’elle soient empaquetées dans le Sud pour être réexpédiées dans tout l’hexagone, on participe à une absurdité, il faut bien travailler, mais avec recul, sans renoncer à s’indigner. On a le temps de méditer sur les incohérences dans lesquelles nous baignions. Et ce ne sont pas seulement les incohérences de politiques et de logiques économiques, c’est aussi l’incohérence de chacun et chacune d’entre nous, pour une part, dans nos logiques de consommation et de travail. Depuis le fleuve, on trouve un début de perspective de bon sens pour percevoir que la guerre du XXIème siècle, c’est celle de la surconsommation contre l’environnement naturel. Nous allons imploser dans le toujours plus.
Alors même si les habitants de la voie d’eau ne sont pas déconnectés de nos incohérences, ils héritent d’un autre rapport au temps, à l’espace et au travail. La vie sur l’eau nous apprend à sortir de l’immédiateté. Il faut entrer dans la durée d’un trajet à vitesse plus que raisonnable (à Paris, les radars signalent les dépassement de vitesse de 12 km/h). L’habitation d’un bateau oblige à partager au mieux un espace restreint. Il faut utiliser chaque recoin. Enfin, le travail sur l’eau exige une polyvalence des tâches. Il faut développer tous ses talents pour être vraiment maître à bord.

Le siècle dernier a connu deux guerres, mais notre incroyable puissance technico-économique est capable de destructions plus terribles encore. Les alternatives de construction ne seront jamais trop nombreuses : la voie d’eau en est une que nous fêtons aujourd’hui. Elle illustre un horizon pour vivre ensemble qui est porteur d’espérance.
Pour chanter cet avenir, que nous avons gravé sur ces CD, adoptons la perspective des gens du fleuve. O marinier ohé…
Notre environnement en souffrance
Attend un élan nouveau.
L’avenir du transport en France,
C’est l’eau et les bateaux.